Tout le monde se souvient des révoltes étudiantes de 2012 et de 2015, mais beaucoup ont oublié que ce branle-bas de combat a été préparé par ce que Samuel Lamoureux appelle « l’insurrection par le son », c’est-à-dire la révolution sonore qui a eu lieu pour cette faune musicale et politique lors de rassemblements de masse dans des friches abandonnées, dans des immeubles désaffectés, dans les fameux raves où le dubstep et autres musiques émergentes ont permis à une génération de faire monter l’intensité jusqu’au climax où tout jaillit dans une sorte d’extase collective. Mais qu’advient-il après le climax, comment se réinsérer dans la suite des heures, des jours et des années après la fête, après la révolution ? Avec ce premier essai, Samuel Lamoureux traite de la possibilité jamais tentée d’effectuer une analyse affective de la musique électronique et des enjeux autour de la vie nocturne à Montréal.
Je fouille dans mes archives de 2012. Je trouve des tracts, des photos, des manifestes, des souvenirs. Je trouve aussi des billets de spectacle, des poèmes, des collages. On pourrait être tenté de séparer les deux. D’un côté il y avait la politique, et de l’autre, il y avait l’art. Mais plus je m’enfonce dans mes archives et plus je constate qu’il est impossible de comprendre 2012 sans passer par un collage affectif qui fusionne à la fois l’art et le politique, le symbolique et le matériel.
En octobre 2011 j’énumérais des spectacles. En mars 2012 j’énumérais des manifs. Les premiers m’avaient-ils entraîné pour les deuxièmes ? J’en suis certain. On le remarquerait encore plus avec les manifs de soir où la culture de la nuit se mêlerait à la culture insurrectionnelle. Les listes concordent : l’énergie du faire-rave me menait à l’énergie du faire-grève. Et le faire-grève me menait en retour au faire-rave.
