«L’idée que l’existence puisse être destructrice ne nous apparaît acceptable que dans les moments d’égarement : guerre, colère, passions incontrôlées, aliénation et pathologie, système politique autoritaire, etc. À mon sens, pourtant, c’est le contraire qui est vrai : ce sont les moments de compassion, de solidarité, s’ils existent, qui constituent en réalité des exceptions, écrit le professeur Lawrence Olivier, du Département de science politique, en introduction à son ouvrage intitulé Détruire. La destruction est le fait premier de l’existence humaine et, malgré des siècles d’efforts pour pacifier les hommes, elle le demeure.»
« »Détruire », le mot fait peur, poursuit l’auteur. Il est synonyme de ruiner, annihiler, anéantir, dévaster. Il évoque pour notre imaginaire politicolinguistique une histoire bien singulière, renvoie l’homme à des comportements dont il est en général assez peu fier. Et notre indignation morale est sans fin. Le champ sémantique du mot recouvre une réalité qu’on cherche en général à fuir : guerre, conflits, souffrance, violence. La compréhension du terme et de la réalité qu’il recouvre est socialement fixée.»
Au-delà de ces significations spontanées, la notion a pourtant une portée philosophique plus profonde et plus générale, qui se révèle à travers une réflexion radicale sur les deux manières que nous avons de définir l’homme : par sa nature intime (son intériorité) et par le rapport à l’autre. Or, dira l’auteur, ces deux inventions modernes sont à la fois des tentatives de négation de la destruction inhérente à l’existence et son exacerbation. C’est cette logique de l’existence qu’il s’agit de faire apparaître dans cet ouvrage dans son implacable fatalité, sans le cataplasme d’une pensée de l’espoir et sans promesses de bonheur.
